Quintessence de la bobohitude

Je me demande parfois pourquoi je suis aussi cynique avec les bobos, pourquoi je les regarde de haut. Surement parce que j’en suis et que je rejette avec force ma… « communauté ». Un peu comme les hipsters dont j’adore me moquer du look. Mais avant que je leur ressemble, j’ai de la marge. Par exemple, toujours pas l’ombre d’un bout de barbe ni-même de duvet sub, sub… sublingual? (…non, ce serait dégueulasse, ça voudrait dire au-dessus de la langue, genre dans le palais. Ça vaut bien la peine de crâner en sachant employer à bon escient un mot comme susorbital – rien de sexuel – de se faire appeler « le mot juste » et de pas connaître le terme scientifique exact pour dire « au dessus de la bouche »…)

Bref. Je n’aime pas les bobos. Vous pouvez toujours vous lever tôt pour me trouver traînant mes espadrilles au marché paysan du Cours Julien le mercredi matin: LE repère des bobos de Marseille (LE triangle d’or: La Plaine – Le Cours Ju – Notre-Dame-du-Mont!!!). Même quand j’habitais à côté, je n’y allais pas, c’est dire (en même temps, je travaillais le mercredi donc bon). Cela dit, se lever tôt pour pouvoir profiter de tous ces bons produits eut été le plus indiqué, mais alors vraiment très tôt. Parce qu’après, plus que des bouquets de fleurs sauvages et des tielles sétoises à tomber, c’est des hordes de bobos qui se ramassent à la pelle. Aaaaaaahhhhhhhh, ces armées de mères portant en écharpe des enfants de 3 ans (sûrement affligés d’une grave déficience les empêchant de marcher de leurs propres ailes, un peu comme ces petits chiens que leurs propriétaires transportent dans des petits sacs… j’ai toujours envie de leur demander s’ils sont paraplégiques). Tous ces paniers en osier (OK, j’en ai plusieurs aussi, mais ça fait de moi une bobo? Non. Si?). Tous ces gens qui demandent « je les mange avec quoi ces topinambours? ». Avec une fourchette c…!!! Mais je m’emballe. Au final, je préfère la compagnie des petits vieux sur des marchés plus populaires, même s’ils sont très forts pour piquer un sprint impromptu et vous voler le dernier filet de saumon ou la dernière barquette de fraises, les gueux. Est- ce que ça fait de moi la nouvelle bobo? Peut-être… Mais je me complais à considérer que non.

Et puis parfois, l’Homme enfourche sa bicyclette (tellement pas bobo, surtout quand il porte son petit pantalon à bretelles… déni quand tu nous tiens) et mu par un obscur désir de consumérisme authentique et équitable, il ramène… ça:

panier à salade

Un panier à salade! So cute! Au début, je trouve ça sympa. En plus il l’a acheté chez Empereur et j’adore cette droguerie upper style nichée dans Noailles (à ce stade ça aurait déjà du me mettre la puce à l’oreille mais je n’ai pas fait attention, cet objet me rappelait tant ma vieille tata Lili, une ardéchoise pur crû qui avait le sens des valeurs et séchait sa salade dans un panier elle-aussi, j’étais toute émue). Fini l’essorage de salade dans le torchon, même si ça c’était assez authentique comme méthode, et surtout c’était la seule qui nous restait suite au décès de notre vieille essoreuse en plastique (estampillée GiFi ou tout autre temple du plastique chinois, tellement pas bobo, je sais). A nous les tours de bras dans le jardin et les petites gouttes de pluie nous arrosant. On rirait, Mr Z sautillerait pour se faire mouiller et ensuite on croquerait à pleines dents dans des feuilles de salade (bio) fraiches et tendres.

Bon, en vérité, mon coeur saignait un peu quand même parce qu’en fait, moi, j’aurais aimé avoir ça:

essoreuse OXO

Ou ça (la version luxe):

essoreuseOXO inox

Objet de désir rencontré chez mes beaux-parents, toujours à la pointe de l’ustensile culinaire. La rolls de l’essoreuse à salade. 3000 tours minute (je dis ça, je dis n’importe quoi mais en gros, c’est équipé d’un moteur de Maserati et j’ai toujours eu envie de piloter ce genre d’avion de chasse). Une légère poussée sur la poignée noire puis on arrête le mouvement circulaire infini d’une encore plus légère pression sur le bouton noir. Simple, efficace, beau. Tout ce que je voulais. Mais bon, cher aussi. Bourgeois en somme comme objet. J’ai bien essayé de le trouver sur LeBonCoin mais je ne me suis jamais résolue à dépenser plus d’une trentaine d’euros dans une essoreuse à salade (compter plutôt dans les soixantedizaines pour la version inox), faut pas déconner.

J’en étais donc là de mes réflexions quand j’ai demandé comme ça à l’Homme combien il avait payé son panier à salade si authentique. La curiosité est un vilain défaut… C’est donc tout naturellement que je me suis étranglée et que j’ai manqué le molester quand il m’a innocemment répondu: « 37 euros ». What The Fuck!!! 37 euros pour cet objet si authentique, cet ancêtre de l’essoreuse, cet objet qui ne marche que grâce à la force de propulsion de nos bras, une sorte de torchon amélioré au bout du compte. Quand je pense que pour le même prix j’aurais pu me payer ma rolls, enfin, ma maserati de la cuisine, mon essoreuse OXO.

J’ai écrasé une larme et, dignement, je suis passée à autre chose (équeuter les haricots verts).

Puis un matin, tandis que je buvais mon thé vert japonais nature (tellement pas bobo) et que je regardais le panier à salade (oui, il m’obsédait un peu), je me suis souvenue de cette conversation quelques jours plus tôt avec mon ami E. au sujet de la kermesse de l’école. On y parlât avec entrain du concept de bobohitude: bo pour bourgeois, l’argent, bo pour bohème, un peu la misère quoi, mais joyeuse. Et tout en regardant mon nouveau panier à salade, je pris conscience qu’il était à lui seul l’incarnation du concept, la quintessence de la bobohitude: bo pour bohème (remember tata Lili, cette vieille ardéchoise authentique) et bo pour bourgeois (tata Lili n’aurait jamais dépensé 24270,41 francs pour un panier à salade, elle avait les pieds sur terre elle et connaissait la vraie valeur des choses). En plus, ça nécessite d’avoir un balcon ou mieux, un jardin, en ville. Et dans la to do list des choses à accomplir avant 50 ans sinon tu as raté ta vie, on a déjà coché ces deux cases…

Tôt un matin, donc,  j’ai du me rendre à l’évidence: nous sommes de gros bobos.

Dommage, à une syllabe près on atteignait l’idéal sociétal de l’Homme (celui qui porte un pantalon à bretelles et enfourche parfois son vélo, pas l’Homme en général): être des gros boNObos…

Edit:

– pour ceux qui aimeraient tant nous croiser chez Maison Empereur du côté du rayon paniers à salade: Maison Empereur, 4 Rue des Récolettes  13001 Marseille, 0491540229, http://www.empereur.fr, on peut aussi y prendre des cours de cuisine le samedi matin et tous leurs objets et produits déboitent, c’est une caverne d’Ali Baba

– pour ceux qui aimeraient parler en ancien franc comme Tata Lili: http://www.quellesconnes.com/~super/euro/menueuro.php3 qui explique l’euro (et plein d’autres choses mais j’ai pas tout regardé ) aux pOOfs (entendre pouffes je suppose)

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4 réflexions sur “Quintessence de la bobohitude

  1. Et là, c’est le drame… au delà de critiquer sa propre communauté d’appartenance, il s’agit là de la « upgrader » avec le concept mirifique de « BOBIO ». Un « i » presque insignifiant, idiot, invisible, mais bien présent pour afficher la quintessence du « staïle », bourgeois, bohème, biologique, tout est dit…mais quelques précisions s’imposent…d’accord pour le marché paysan, mais le marché « populaire » dans un quartier « populaire » pour accéder au jardin indispensable à l’essoreuse à salade….rahhhhhh, pas assez bourgeois pour être en centre ville, mais assez pour acheter du label AB production, qui n’est pas loin de rejoindre son homonyme télévisuel tant sa propagation peut questionner sa surproduction…
    bref, je vais peut être me faire pousser la barbe….
    http://www.mercialfred.com/etes-vous-un-hipster-.html

  2. AH AH AH! 37€ le panier à salade! C’est pas bobo, ni bobio, ni bonobo, c’est super idiot!
    L’Homme, il va se faire chambrer…

  3. Pingback: Ressources (avoir de la …) | unboudoiramarseille

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